Le dernier

Publié le par Cécile et Nicolas

 Vous vous demandez tous si : finalement est-ce qu'ils sont arrivés enfin oui ou non ???


Ah ça oui alors, on est arrivé. On a posé Berzingue, on a fait tout plein de bisous, on retrouvé tout le monde. On est arrivé.

Mais jusque là, on se demandait ce que ça voudrait dire, arriver. Maintenant, on sait. Voilà ce qui se passe :

On arrive, on débarque, on atterrit. On partage la dernière soirée et les derniers kilomètres, on se reconnait, on rigole bien. D'abord ça va très vite, quand on arrive, puis ça prend du temps. On est content et on est triste, on est fatigué, on est ému. On retrouve les gens qu'on aime et qui nous ont manqué. On dort, on est désorganisé, on se réveille. On peut remettre des jupes, souffler dans la trompette, regarder le plafond, manger des tartines grillées. On trouve que tout le monde est occupé, que tout le monde a changé, que personne n'a changé, il y a un nouveau cadre à côté du frigo. On s'ennuie, on est ailleurs, on rêve d'Istanbul à Damas et il pleut dehors. On entend 10 000 fois les mêmes questions. On nous demande ce qu'on va faire, on se demande ce qu'on va faire. On ne se demande plus où on dort ce soir, chez qui, où on va, quand on s'arrête, où on s'abrite, s'il y a encore assez d'essence dans le réchaud, si la tente sera sèche, si on doit mettre de la crème solaire, s'il vaut mieux prendre la petite route qui monte ou la grosse route qui va à plat mais qui est pleine de voitures.

Tout ça nous donne envie de prolonger le voyage encore un peu. Alors on va voir comment ont voyagé tous les enfants de nos deux pays, dans leurs écoles, ceux qui nous lisaient au fil des articles. Leur tour de la Méditerranée à eux. On écoute leurs tonnes de questions et leurs réactions, on se promène dans leur couloirs tapissés de tapis, on goûte leur goûters aux parfums orientaux et aux cornes de gazelles, on les regarde faire la danse du ventre ou celle du serpent, on joue à la Bomba comme en Espagne, on redécouvre notre aventure dans leurs carnets de voyage, on fait voler leur cerfs volants, on joue avec leurs marionettes arabes, on visite les villages en terre miniature...

Puis quand on arrive au bout du voyage, à l'arrivée, on se rend compte qu'on est encore un peu perdu parce que c'est tout juste fini et déjà ça parait loin. Alors on se rassure et pour se rassurer, par exemple, on calcule :

On calcule les kilomètres : de la maison de Nicolas à la maison de Cécile, il y a à peu près 800 km, mais nous, on en a fait 18 599 ! On a fait 13 654 km en vélo, ça veut dire qu'on a pédalé pendant 811 heures sur Berzingue, à une vitesse moyenne de 16,84 km/h. Pour arriver au total, on doit rajouter 4945 km fait dans des bus, bateaux, camions, pick up, traghetti...


On calcule les jours : on a voyagé pendant 279 jours. On a pédalé pendant 181 jours (en faisant en moyenne 75,4 km par jour) et pendant les 98 autres jours, on s'est reposé, on a visité des écoles, on a visité des villes, on a attendu le soleil.

On calcule les nuits: on a dormi pendant 279 nuits. On a passé 125 nuits chez des gens qui nous prêtaient un matelas, un fauteuil, une chambre, et tout ce qui va avec (l'amitié, les histoires, les habitudes, des tranches de vie). On a passé 93 nuits dans notre petite tente verte, qu'on plantait partout en sauvage, dans les forêts, les champs, les montagnes, les déserts, sur les plages et sous les ponts. Pour 48 autres nuits, on s'est payé le camping, la tente de bédouins, l'auberge de jeunesse ou l'hôtel. Ajoutons 2 nuits dans un bus, deux dans un bateau, une à un poste frontière, une dans un musée, une dans restaurant, une dans un bureau de presse, une dans une usine, une dans une pompe à essence. Et trois nuits dans une innoubliable caravane nommée Pégase. Le compte y est.

On calcule le reste : on a transporté 80 kg de bagages et on a crevé seulement 6 fois nos pneus. On est tombé zéro fois. On a traversé 22 pays différents.

On calcule les records :

  • la vitesse maxi sur Berzingue : 74,5 km/h dans une belle longue descente toute droite

  • le jour le plus long en vélo : 158 km en 1 jour

  • le jour le plus court en vélo (faute d'indigestion post nuit de ramadan) : 6,51 km en 1 jour

  • le point le plus haut de notre parcours en vélo : le Tizi N'Test au Maroc à 2099 mètres d'altitude.

  • le point le plus bas de notre parcours en vélo: la mer Morte, 417 mètres en dessous du niveau de la mer. 

Si on fait tous ces calculs, c'est aussi parce qu'on est content et fier d'être arrivé. Peut-être qu'on en a profité pour grandir un peu. Alors, on dit merci au soleil qui était sur nos routes, on dit merci aux routes qui étaient belles là où elles étaient, on dit merci aux gens qui ont été beaux eux aussi et contents de nous trouver sur leurs routes et qui ont souvent transformé leurs chez eux en des chez nous d'un instant. Et merci à tous ceux qui nous attendaient au bout de la route, merci à vous.


On comprend qu'on arrive d'un long voyage et tout est très vite très loin alors pour être sur, on referme les yeux et on se rappelle de tout ce qui se passe maintenant, exactement maintenant sur ces routes là d'où on vient. Et tout y est toujours, exactement. Les vieilles madames turques tricotent toujours sur fond de chants de grenouilles, les vendeurs de babouches de Marrakech négocient toujours leurs adidas berbères cinq vitesses marche arrière climatisées avec les touristes énervés, les oreilles des chèvres jordaniennes s'agitent toujours au vent, les parties de foot s'improvisent toujours dans les escaliers d'Alger avec la mer en face qui est toujours là et le soleil qui cuit.

Le désert est toujours immobile, rien n'a bougé. Les cochons balkans grillent et tournent, grillent toujours. Et les défilés défilent à Bitola. Et les jeux de dominos. Et la mer rouge pleine de bateaux pleins de gens pleins de prières. Et les rues espagnoles à l'heure de la sieste. Et le magasin d'oeufs de Bizerte. Et les soupes aux poissons. Et les glaces d'Italie. Et le pain qui prend la poussière du Caire. Et les nageurs de Bern et les mariages d'Algérie. Et les granges et les vélos-voyageurs et les camions et les claxons, le renard, les crocodiles. Et Amine et Yvanna et Panagiotis et Ebru et Elena et Adil et Luba et Mohammed et Fabio et Rajaa et De Gaule et Annamaria et Michel et Bouchra et Omar et Saoucène et Paracevas et Soumia et Nezim et Branka et Tomislav et Pinuccia et tous tous tous qui continuent avec leurs vies, leurs soucis et leurs bonheurs.


Et pour un petit coup comme ça, vite fait, entre deux élans, on se rappelle que le monde est vivant et très chouette et ça fait du bien.

Publié dans surlesroutes

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@lain 28/07/2007 09:36

Je n'ai pas suivi votre aventure mais je vous adresse toutes mes félicitations pour ce que vous avez fait, c'est extraordinaire !!Bien à vous@lain

Lynette::0038: 28/07/2007 08:51

ici votre photo lors de notre rencontre à Mostar :http://lynette.over-blog.com/

martine 28/07/2007 07:55

Dommage j'arrive pour la fin grace à Lynette. Je reviendrai pour voir votre aventure. Bravo

Magali de chazeron 10/07/2007 16:26

Les enfants du CM1 de l'école St Charles (à St Etienne) ne vous ont pas oublié. Nous avons suivi tout votre voyage, chacun de vos articles était imprimé et rangé dans un porte-vues. La photo prise lors de votre visite chez nous a trôné dans la classe toute l'année. Nous n'avons jamais cru à vos blagues diverses et poissons d'avril... enfin juste un peu. Grâce à vous, nous avons eu les meilleurs cours de géo qui puissent exister et nous sommes capables de placer sur une carte un tas de pays que nous ne connaissions pas avant. Pour tout cela ... Merci. Quant à nous, nous sommes prêts pour un nouveau départ : le CM2 .

bonne mamanThérÚse 08/07/2007 08:53

tous les articles étaient beaux, .mais celui-ci est une magnifique conclusion. une très belle  rétrospective ,pleine d\\\'émotion, de sentiments, de finesse. Vous n\\\'avez oublié personne: les enfants, les vieilles grands mères..et tous les autres.Les dessins magnifiques et colorés.En quelques mots, vous nous remémorez toutes ces rencontres, ces fatigues, ces joies.Et les chiffres à l\\\'appui viennent ajouter leur note de réalité.très intéressante.
C\\\'était un beau voyage que vous nous avez fait vivre,sans les difficultés. pour nous. Maintenant, nous vous souhaitons encore une belle route.Vous saurez la construire belle et intéressante.
A bientôt.